私は間違っているかもしれない

人は権威に従うことでTameされるのだと、私は長いあいだ単純に考えていた。しかし、本当にそうなのだろうか。社会が右を向けば右を向き、左を向けば左を向く人がTameされていることは分かりやすい。戦争の時代には戦争を支持し、戦争が終われば民主主義を支持する。昨日まで正しいとされていたものが今日否定されれば、自分も昨日の自分を忘れたように新しい正しさを受け入れる。人間はそうやって時代に適応して生き延びてきたのだから、それ自体を責めても仕方がないのかもしれない。それでも、そこには確かにTamingがある。

では、いつも社会に反抗する人はどうなのだろう。社会が右を向けば左を向き、社会が左を向けば右を向く人である。赤尾敏の生涯を考えていて、そのことが気になった。彼については少し注意が必要で、若いころ社会主義運動にかかわったものの、国家主義への転向は戦後ではなく1920年代であり、1942年の翼賛選挙にも非推薦候補として当選している。日米戦争にも反対していたから、単純に戦前左翼、戦後右翼という人物ではない。むしろ思想的位置を変えながら、時代の主流から繰り返し外れた人物と見るほうが近い。

けれども、ここで重要なのは赤尾敏自身を何かひとつの型に押し込めることではない。考えてみたいのは、従うことと反抗することの関係である。社会が言うことに従う人は、社会によって自分の位置を決めてもらっている。しかし、社会が言うことには必ず反対すると決めている人もまた、社会によって自分の位置を決めてもらっているのではないだろうか。前者は社会と同じ方向へ歩き、後者は反対方向へ歩く。しかし、どちらも社会がどちらを向いているかを見なければ、自分がどちらへ歩くべきなのかを決められない。その意味では、服従も反抗も、それだけではUntamingではない。

本当にTameされにくい人とは、社会が右へ行ったから左へ行く人でも、左へ行ったから右へ行く人でもなく、社会がどちらへ行こうと、「それで、自分はどう考えるのか」と問い続ける人なのかもしれない。結果として多数派と同じ答えになることもあるし、まったく逆の答えになることもある。大切なのは答えではなく、そこに至る過程を誰かに明け渡さないことである。

宗教について考えると、この問題はさらに鮮明になる。若い宗教家や改革者が既成の権威に立ち向かうのを見ると、私たちはその人物をUntamedだと思いたくなる。ジャン・カルヴァンも既存の宗教世界に挑戦した宗教改革者だった。しかしジュネーヴにおいて改革派の秩序が形成されると、宗務局は市民の宗教生活や行動を規律する制度として機能するようになった。 古い権威に従わなかった人間が、やがて新しい権威をつくる側に立つのである。

ここで恐ろしいのは、悪意ではなく純粋さなのかもしれない。権力が欲しいから他人を支配する人については、私たちは比較的警戒しやすい。しかし「これは正しい」と心の底から信じている人は違う。最初は「あなたの真理を私に押しつけないでほしい」と言っていた人が、いつしか「これは真理なのだから、あなたも従わなければならない」と考え始める。しかも本人には他人を支配しているという意識さえないかもしれない。自分のためではなく神のため、社会のため、人類のため、真理のためにやっていると思っているからである。

純粋な人は、Tamingに強いように見えて、奇妙なほど弱いことがある。世俗的な権力には激しく抵抗できるのに、一度これが絶対的な真理だと思うと、そこには自分自身のすべてを委ねてしまう。そして、それだけなら自分がTameされるだけだが、さらに一歩進めば、今度は他人をTameする側へ回っていく。古い権威から自分を解放しようとした人が、新しい権威をつくる。歴史のなかで何度も繰り返されてきたことなのだろう。

科学の世界も、本質的にはそれほど違わないのではないかと思う。私は、若いころには、分からないことを探るのが科学なのだと考え、教科書に書かれていることさえ疑っていた科学者が、年齢を重ねるにつれて権威主義的になっていく姿を何度も見てきた。若いころには「教科書にはそう書いてある。それで、本当に正しいのか」と質問していた人が、何十年かたつと若い研究者に「そんなことは教科書に書いてある」と答えるようになる。

これは単なる印象だけとも言い切れない。1960年から2020年までに論文を発表した1,250万人以上の研究者を分析した研究では、研究者のacademic ageが上がるにつれて、既存の考えを組み合わせるnoveltyは増える一方、既存の考えを置き換えるdisruptive innovationは低下するという結果が報告されている。ただし、年齢と科学的創造性の関係は時代や分野によって変化することも知られており、単純に「老化すると保守的になる」と考えるべきではない。

Tamingという観点から私が興味を引かれるのは、科学者が科学によってTameされていく可能性である。若いころの科学とは問いを生み出す方法だった。それがいつの間にか、問いに終止符を打つ権威になる。「分からないから調べよう」という科学が、「科学的にはもう分かっている」という言葉によって疑問を封じる科学へと変わる。しかし本人は科学から離れたのではない。それどころか、あまりにも深く科学の制度のなかに入り込んだために、自分自身がその権威の一部になったのである。

最初は制度が人をTameする。やがて人はその制度の言葉で世界を見るようになる。そして最後には、その人自身が次の世代をTameする側になる。この循環は宗教にも科学にも、政治にも思想にもあるのだろう。

しかし、ごくまれに、その循環から外れる人がいる。

私には、Pierre Petroffという知人がいた。2025年10月29日に83歳で亡くなったCNRSの名誉研究部長だったことは死亡記事にも残されている。 生前、彼について印象深い話を聞いたことがある。ある賞を受けることが内定したあと、自分の研究のなかに誤りを見つけ、賞を辞退してしまったというのである。この逸話について私は公刊資料で確認したわけではない。私自身が彼について聞き、長く記憶している話である。

この逸話を思い出すと、Tamingとは人を脅して従わせることだけではないのだと思う。むしろ、もっと抗いがたいTamingがあるのではないだろうか。それは承認である。「あなたは正しい」「あなたの研究は素晴らしい」「あなたにはこの賞を受ける資格がある」と世界から言われる。命令でもなければ強制でもない。人は褒められることによってもTameされる。

賞を受けることが決まったあとで自分の研究の誤りを見つけたとき、一方には社会的な現実があったはずである。賞があり、評価があり、長年積み重ねてきた自分自身の経歴がある。そしてもう一方には、「ここは間違っている」という、ただそれだけの事実がある。社会的な重みだけを比べれば、前者のほうが圧倒的に大きい。それでも、もし私が聞いたとおり、Pierre Petroffが賞を辞退したのなら、彼は大きな社会的現実よりも、小さな事実を選んだことになる。

それが、科学者として美しいと思う。

若いころ権威に反抗する人は珍しくない。自分にはまだ失う権威がないからでもある。しかし、長い年月をかけて評価を築き上げ、自分自身が権威になったあとで、その権威に抵抗することはずっと難しい。「あなたは間違っている」と言うことより、「私は間違っていた」と言うほうが難しい。そしてさらに難しいのは、世界中が「あなたは正しい」と言ってくれているときに、それを断ることである。

そう考えていくと、Tamingに対して本当に強い人とは、何も信じない人でも、すべてに反抗する人でもないように思えてくる。強い信念を持っていてもよい。宗教を深く信じてもよいし、科学に人生を捧げてもよい。問題は、その信念の中心に、小さな空白を残せるかどうかなのだろう。

「それでも、私は間違っているかもしれない。」

その一言のための空間である。

それは弱さではない。むしろ、自分自身を最後の権威にしないための強さなのだと思う。社会に従う人も、社会に反抗する人も、宗教的真理を信じる人も、科学的真理を追究する人も、この小さな空間を失ったとき、自分がTameされていることに気づかなくなる。そしてさらに怖いことには、自分の正しさによって他人をTameすることまで始めてしまう。

だからUntamingとは、何ものにも従わないことではないのだろう。権威をすべて破壊することでもない。自分が信じているものと自分自身とのあいだに、ほんのわずかな距離を残しておくことなのかもしれない。

そして、このTamingという考え方についても同じである。Tamingという言葉で人間も歴史も宗教も科学も説明できるような気がしてきたときこそ、「本当にそうだろうか」と問い直さなければならない。もしTamingという考えそのものを疑えなくなったなら、私たちはTamingを考えているつもりで、いつの間にかTamingという思想によってTameされていることになる。

世界に対して「なぜ?」と問い続けることは、それほど難しくないのかもしれない。本当に難しいのは、自分が正しいと思っていることに対しても、同じ「なぜ?」を向け続けることである。そして、生涯の最後までそれをやめなかった人にだけ、ほんの少し、Untamedでいられる余地が残されているのではないだろうか。

“私は間違っているかもしれない” に1件のフィードバックがあります

  1. phrh205455 投稿作成者

    « Je peux me tromper »

    J’ai longtemps pensé que le Taming consistait avant tout à se soumettre à une autorité. Mais est-ce vraiment aussi simple ? Il est facile de reconnaître le Taming chez celui qui se tourne vers la droite lorsque la société se tourne vers la droite, puis vers la gauche lorsque la société change de direction. En temps de guerre, il soutiendra la guerre ; lorsque la guerre sera finie et que la démocratie sera devenue la nouvelle valeur dominante, il se découvrira démocrate. Ce qui était tenu pour vrai hier peut être condamné aujourd’hui, et beaucoup d’hommes semblent alors abandonner leurs anciennes certitudes avec une étonnante facilité pour adopter celles du temps nouveau. Il serait sans doute injuste de leur en faire trop vite le reproche : l’être humain a toujours survécu aussi par sa faculté d’adaptation. Mais il y a bien là une forme de Taming.

    Qu’en est-il pourtant de celui qui fait exactement l’inverse, de celui qui semble toujours prendre le parti opposé à celui de la société ? La vie de Bin Akao m’a fait réfléchir à cette question. Dans sa jeunesse, il participa au mouvement socialiste, avant de se tourner vers le nationalisme dans les années 1920. En 1942, il fut élu à la Chambre des représentants comme candidat non recommandé par l’organisation qui soutenait le système politique de guerre, et il s’opposa également à la guerre contre les États-Unis. Sa trajectoire ne peut donc pas être résumée par l’image trop simple d’un homme qui aurait été de gauche avant la guerre et de droite après celle-ci. Il serait plus juste de voir en lui un homme dont les positions évoluèrent, mais qui se retrouva à plusieurs reprises à l’écart du courant dominant.

    Ce qui m’intéresse ici n’est cependant pas de faire entrer Bin Akao dans une catégorie. La vraie question concerne la relation entre obéissance et révolte. Celui qui suit toujours la société laisse celle-ci déterminer sa position. Mais celui qui décide de toujours s’opposer à la société ne lui abandonne-t-il pas, lui aussi, le pouvoir de déterminer sa position ? Le premier marche dans la même direction que le monde qui l’entoure, le second dans la direction opposée, mais tous deux ont besoin de regarder où va le monde avant de savoir où aller eux-mêmes. En ce sens, l’obéissance n’est pas l’Untaming, mais la révolte ne l’est pas nécessairement davantage.

    Peut-être l’homme véritablement difficile à Tame se trouve-t-il ailleurs : non pas chez celui qui va à gauche parce que la société va à droite, ni chez celui qui va à droite parce qu’elle va à gauche, mais chez celui qui, quelle que soit la direction prise par les autres, continue de se demander : « Et moi, qu’est-ce que j’en pense ? » Il arrivera qu’il aboutisse à la même conclusion que la majorité, et d’autres fois à la conclusion opposée. L’essentiel n’est pas la conclusion. L’essentiel est de ne pas abandonner à autrui le chemin qui y conduit.

    La religion rend ce problème encore plus visible. Nous avons tendance à considérer le jeune religieux ou le réformateur qui se dresse contre une autorité établie comme un être Untamed. Jean Calvin, lui aussi, participa à une rupture profonde avec l’ancien ordre religieux. Pourtant, à Genève, lorsque le nouvel ordre réformé prit forme, le Consistoire devint à son tour une institution chargée de discipliner la vie religieuse et certains comportements des habitants. Celui qui refuse de se soumettre à une ancienne autorité peut ainsi finir par prendre part à la création d’une autorité nouvelle.

    Ce qui est troublant ici, ce n’est peut-être pas la méchanceté, mais la pureté. Il est relativement facile de nous méfier de celui qui veut dominer les autres parce qu’il aime le pouvoir. Il en va autrement de celui qui croit, au plus profond de lui-même : « Ceci est vrai. » Au début, il dit : « Ne m’imposez pas votre vérité. » Puis, presque imperceptiblement, il en vient à penser : « Puisque ceci est la vérité, vous devez vous y soumettre, vous aussi. » Et il se peut même qu’il n’ait nullement l’impression de dominer qui que ce soit. Il n’agit pas, pense-t-il, pour lui-même, mais pour Dieu, pour la société, pour l’humanité ou pour la vérité.

    Les êtres purs peuvent ainsi être à la fois extraordinairement résistants au Taming et extraordinairement vulnérables à celui-ci. Ils peuvent résister avec courage au pouvoir politique ou social et, pourtant, dès qu’ils sont convaincus d’avoir rencontré une vérité absolue, remettre entre ses mains une part immense d’eux-mêmes. Et le processus peut aller plus loin encore : après avoir été eux-mêmes Tamed, ils peuvent devenir à leur tour ceux qui Tame les autres. Celui qui voulait se libérer d’une autorité ancienne en construit alors une nouvelle. L’histoire des religions, des révolutions et des idéologies nous offre bien des variations sur ce paradoxe.

    Le monde scientifique n’est peut-être pas aussi différent qu’il aime parfois le croire. J’ai connu des scientifiques qui, dans leur jeunesse, pensaient que la science consistait précisément à explorer ce que l’on ne savait pas et qu’il fallait commencer par douter, y compris de ce qui était écrit dans les manuels. Pourtant, certains d’entre eux, avec l’âge, devenaient de plus en plus attachés à l’autorité du savoir établi. Le jeune chercheur demandait : « C’est écrit dans le manuel, mais est-ce vraiment vrai ? » Trente ou quarante ans plus tard, le même homme pouvait répondre à un jeune collègue : « Mais enfin, c’est dans le manuel. »

    Il existe d’ailleurs des travaux qui invitent à prendre au sérieux cette évolution, tout en se gardant de la réduire à une simple rigidification liée à l’âge. Une étude portant sur plus de 12,5 millions de scientifiques ayant publié entre 1960 et 2020 conclut que, lorsque l’âge académique augmente, la capacité à établir de nouvelles connexions entre des idées existantes tend à augmenter, tandis que l’innovation qui rompt avec les travaux établis tend à diminuer. D’autres recherches montrent cependant que les rapports entre âge et créativité scientifique varient considérablement selon les époques et les disciplines.

    Ce qui m’intéresse, du point de vue du Taming, est donc moins le vieillissement que la possibilité que le scientifique soit peu à peu Tamed par la science elle-même. Dans sa jeunesse, la science était pour lui une manière de produire des questions. Avec le temps, elle peut devenir une autorité chargée d’y mettre fin. Le « Nous ne savons pas, cherchons » cède alors la place au « La science le sait déjà ». Pourtant, cet homme n’a pas abandonné la science. C’est peut-être précisément le contraire : il s’est tellement identifié à ses institutions, à ses méthodes et au savoir qu’il a lui-même contribué à produire qu’il est devenu une partie de l’autorité qu’autrefois il interrogeait.

    Le mouvement est alors presque circulaire. Au commencement, l’institution Tame l’individu. Puis l’individu apprend à penser avec les mots, les catégories et les évidences de l’institution. Enfin, devenu professeur, maître, expert ou autorité, il commence à son tour à Tame ceux qui viennent après lui. Ce mécanisme n’appartient probablement ni à la science ni à la religion seules. On le retrouve dans la politique, dans les idéologies, et peut-être partout où des êtres humains finissent par s’identifier aux vérités qu’ils défendent.

    Mais il existe, rarement, des personnes qui semblent parvenir à interrompre ce mouvement.

    J’ai connu Pierre Petroff. Il est mort le 29 octobre 2025 à l’âge de quatre-vingt-trois ans ; son avis de décès le présente comme directeur de recherche émérite au CNRS. J’avais entendu à son sujet une histoire qui ne m’a jamais quitté. Un prix devait lui être décerné pour ses travaux. Mais, une fois la décision prise, il aurait découvert lui-même une erreur dans ses recherches et aurait renoncé au prix. Je n’ai pas pu vérifier publiquement cette histoire ; je la rapporte donc simplement telle qu’elle m’a été transmise et telle qu’elle est restée dans ma mémoire.

    Lorsque j’y repense aujourd’hui, je me dis que le Taming ne consiste décidément pas seulement à contraindre quelqu’un par la peur. Il existe peut-être un Taming beaucoup plus difficile à repousser : celui de la reconnaissance. On vous dit : « Vous avez raison. Votre travail est remarquable. Vous méritez ce prix. » Personne ne vous menace. Personne ne vous donne d’ordre. Au contraire, le monde vous félicite. On peut être Tamed par les compliments et par la reconnaissance autant que par l’autorité.

    Si l’histoire que j’ai entendue est exacte, Pierre Petroff s’est alors trouvé devant deux réalités. D’un côté, il y avait la réalité sociale : le prix, la reconnaissance de ses pairs, une carrière de chercheur et tout ce qu’une vie de travail avait construit autour de son nom. De l’autre, il n’y avait presque rien. Seulement un fait : quelque chose était faux dans son travail. Face au poids social immense de la première réalité, la seconde paraissait minuscule. Et pourtant, il aurait choisi cette petite vérité contre la grande vérité que la société était en train de fabriquer autour de lui.

    C’est cela que je trouve beau chez un scientifique.

    Il n’est pas si rare qu’un jeune homme s’oppose à une autorité. Il n’en possède pas encore lui-même et a donc relativement peu à perdre. Il est infiniment plus difficile, après avoir passé une vie à construire sa réputation, de se dresser contre sa propre autorité. Dire à quelqu’un « Vous avez tort » est difficile ; dire « J’avais tort » l’est peut-être davantage encore. Mais le plus difficile est sans doute de le dire alors que tout le monde autour de soi est précisément en train de vous assurer que vous avez raison.

    Peut-être l’homme véritablement résistant au Taming n’est-il donc ni celui qui ne croit en rien, ni celui qui s’oppose à tout. On peut avoir des convictions profondes. On peut consacrer sa vie à une religion, à la science, à une idée. Ce qui importe est peut-être de préserver, au cœur même de sa conviction, un espace minuscule dans lequel une phrase reste toujours possible :

    « Et pourtant, je peux me tromper. »

    Ce n’est pas nécessairement une faiblesse. Ce pourrait être au contraire la force qui nous empêche de faire de nous-mêmes l’autorité ultime. Celui qui obéit à la société, celui qui s’y oppose, celui qui croit détenir une vérité religieuse et celui qui recherche une vérité scientifique sont tous exposés au même danger : lorsque ce petit espace disparaît, nous cessons parfois de voir ce qui nous Tame. Plus inquiétant encore, nous pouvons commencer à Tame les autres au nom même de notre certitude.

    L’Untaming ne consisterait donc pas à ne plus obéir à rien, ni à détruire toute autorité. Il serait peut-être beaucoup plus modeste et beaucoup plus difficile : garder une légère distance entre soi et ce que l’on croit vrai.

    Cela vaut aussi pour l’idée même de Taming. Le jour où nous aurons l’impression que le Taming explique l’homme, la religion, la science, la politique et l’histoire tout entière, il faudra nous arrêter et nous demander : « Est-ce vraiment le cas ? » Car si nous devenons incapables de mettre en doute le Taming lui-même, nous aurons peut-être réussi une étrange prouesse : nous croirons étudier le Taming alors que, silencieusement, c’est notre propre théorie du Taming qui aura commencé à nous Tame.

    Il n’est peut-être pas si difficile de demander au monde : « Pourquoi ? » Ce qui est beaucoup plus difficile, c’est de continuer à adresser ce même « Pourquoi ? » à ce dont nous sommes nous-mêmes les plus profondément convaincus. Peut-être est-ce seulement à cette condition que nous pouvons espérer préserver, jusqu’au bout, une petite part de nous-mêmes qui demeure Untamed.

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